La croisée des chemins du Parti Socialiste

weitersagen
Grenoble
C'est une salle de conférence où j'entre ce mercredi soir à Grenoble Alpexpo. Malgré le temps dehors il y a plein de monde déjà dispersé entre les chaises qui sont arragées en rangs de forme d'un oeuil avec un petit podium là où il se trouverai la pupille. Trois caméras sont distribués dans les rangs et au fond du podium se trouve un paroir de projéction. Tout évoque l'image des douzaines d'émissions à la télé en France. La publique comme décor et les animateurs et les personnes importantes au coeur de tout et tous.

Je m'assie, range mes affaires et sors mon appareil photo. Un couple de probablement plus que 60 ans s'assies auprès de moi. J'essaye de d'écouter, d'épier ce qu'ils disent les gens autour de moi. "On va applaudir quand Aubry est là?" un homme dit derrière moi. Il semble incertain s'il vaut d'applaudir.

A droite un homme agé et peu en forme s'assie. Il râlera toute la soirée et me tire mon attention sur une chose qui m'intéressait depuis longtemps: Quel est l'age moyen des militants et sympatisants des Socialistes en France? Normale, me semble-t-il, des agés partout ... mais autant de jeunes entre eux. Pas de rapport avec l'auditoire à Karben quelques semaines avant les scrutins du Bundestag.

Entre-temps Martine Aubry est entrée, les gens commencent à applaudir et s'assient. Pas de grande introduction, pas de mise en scène. Juste une femme prenant leur place au podium.

L'animateur s'introduit, puis introduit Martine Aubry et puis constate que "c'est vous [le public] les animateurs de cette soirée". Ensuite silence: Aubry prend la parole et introduit le projet du PS, "La France qu'on aime", le tour de France qu'ils font afin d'écouter. Et dans la même façon elle finit son petit discours et donne la parole à l'auditoire en les rappellant "qu'on ne cherche pas à discuter des lois mais qu'est-ce que c'est la société française qu'on veut ensemble."

Je suis électrisé et confus: On va discuter quoi? On a un concept super-flou, sans sujet du débat, sans des spécialistes, sans experts. Comment va-t-on discuter? Le concept d'émission-débat, de talk-show est-il à la fin pas le seul forum de la discussion politique? Osent-ils voire même de donner la parole au peuple? Ce peuple qu'on a, semble-t-il, strictement évité la dernière dizaine d'années - au moins
en allemagne, je ne connais pas la situation en France, bien sûr.

"On va parler sur trois grands sujets", annonce l'animateur, "'Ce qui compte pour vous?' sera la première partie. Puis on va parler des thèmes de changement. Et à la fin on va se demander 'Quelles sont les atouts qu'on a en France?'. Mais d'abord nous commençons avec un petit vidéo."

C'est ce vidéo, un gag marketing peut-être, qui m'intéressait beaucoup. "La France pour moi? Ben, c'est des belles filles ..." dit un jeune, le public rigole, "... les plages", encore des gens amusés autour de moi. Ça continue, mais des plus en plus sérieux. Il y a des gens qui parlent de la solidarité, de la France qui était le premier pays à abandonner l'esclavage, de l'éducation, de l'immigration. Un jeune homme dit, qu'il a 21 ans et se trouve en chômage. Plus le focus sur l'environnement, dit quelqu'un, et plus de sous, vite. "Qu'est-ce qu'il faut changer? -- Le président, d'abord. Et s'arrêter de parler du terreur." Quand quelqu'un ouvre le polémique sur les managers, l'auditoire applaudit.

A la fin du vidéo les microphones circulent dans la salle. Un garçon, à peine 20 ans, se lève et perds les pédales en parlant. "Je m'excuse, normalement je ne parle pas en face d'autant de gens."
Il parle de son quartier à Grenoble, qu'il habite presque à côté du maire de Grenoble, qu'il y a des gens politiques qui vont dans les rues. Mais pour lui les activistes posent les mauvaises questions. "Je ne sais pas qu'ils pourraient faire pour moi. Ça ne m'intéresse pas. Je me demande: Qu'est-ce que je peux faire pour vous (il montre à Mme Aubry) aider."

Qu'est-ce qui c'est passé, je me démande. J'aurais attendu de la critique, de la polémique. "Pourquoi chez vous, le PS, tout le monde lutte contre tous et pas contre les conservateurs?" aurait-je attendu. Ou: "Pourquoi êtes-vous pas plus droit/gauche/pragmatique/dogmatique etc?"

Il faut bien savoir qu'en allemagne le SPD se trouve dans un tel débat. Est-on trop pragmatique? Faut-il se déplacer plus à gauche? Le SPD et les Verts ont effectué une réforme du système sociale, changeant complètement la structure du marché du travail. On a introduit une segement du marché dit "Niedriglohnsektor". Avec des "Minijobs", à 400 Euros par mois, sans impôts, l'employeur paie 25% en plus à la sécurité sociale.

C'était en 2003. Dés-là le SPD a perdu presque 100000 militants, le grand parti sociaux-démocrat (le plus grand en allemagne pour les dizaines d'années) est descendu, et devenu le deuxième après les conservateurs de la CDU d'Angela Merkel. Les deux à autour une demi-million de militants.

C'est pour ça une soirée de libre discours m'intéresse. La gauche en France qui semblait (à moi) divisée, faible, fait un pas. Un grand pas, risqué aussi, d'après tout les quotidiens français. Mais au même temps le SPD se trouve dans sa plus grande crise, ayant perdu un tiers de ses sympatisants, à peine plus important que la Linke, le parti crée par Oskar Lafontaine, l'ancien chef du SPD. Il l'a quitté, c'était en 2003, en critiquant Gerhard Schröder pour sa politique des réformes sociales. Après peu de temps il est devenu le leader de la Linke, le produit de la fusion du WASG (parti des anciens adhérents du SPD) et le PDS (parti communiste et suivait directement au SED, le parti uni socialiste à la République Démocratique de l'Allemagne).

Le débat en allemagne est devenu tellement complexe que même dans le PS on parle des lois de Merkel, quand on parle de Kurzarbeit, une loi qui permet aux employeurs de faire travailler moins leur employées au lieu de les virer à cause d'une crise. En verité c'était le ministre du SPD qui à enforcé cette loi contre Merkel.

Au cours du débat j'appris qu'il y a les mêmes problèmes en France, avec un Sarkozy qui occupe des thématiques classiquement socialiste, donc un Néo-Gaulliste, le Monde à écrit il y a quelques mois.

A la fin de la soirée tout le monde se lève, plein de gens vont vers le podium. Je ne suis pas sûr: Ce n'était une soirée mais il fallait une année de libre débat, pense-je. Je sors et les femmes et hommes que je dépasse semblent contents. Arrivé à la sortie je remarque qu'il pleut. Mince, je suis en vélo! Le temps, je pense, ne vote pas PS.

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