L'E-Techniker chez les Bretons

weitersagen
Southampton
Le contenu de ma chambre est rangé dans une dizaine de cartons et sacs serrés dans la voiture. Cette petite chambre que j'ai appellé "chez moi" pendant un an et demi (sauf les trois mois exceptionels à Strasbourg) est vide, blanche et nue. On y entend son écho.
A Griesheim et quand j'ai demenagé de chez mes parents je l'ai regretté. Mais ici, non. Tellement m'enervaient les connards de voisins incapables de pisser proprement aux toilettes, m'embêtaient les cheveux laissé traîner par terre et parfois aux murs des douches (beurk, ces douches dans bâtiment D) sans oublier le fait qu'on entendait tout le monde à travers les murs de carton comme s'ils étaient juste à côté de moi (il faut pas oublier la visite du nouveau copain de ma voisine ... oulàlà!).
Non, ce n'est définitivement pas la Houille qui va me manquer. Bien qu'étant la meilleure résidence Grenobloise (je suis prêt à payer dans cette gamme de prix en tant qu'étudiant) je suis quand même ravi de demenager dans la coloc à Southampton. Saüzamptonne pour les français ;)

Ce qui me fait peur: a peu près 1600 kilomètres d'autoroute dans les 6 pays. Ça m'énerve! Il est où Scotty et son téléporteur? A Rosbach il est une heure imprononçable pour moi quand c'est parti. Direction l'autoroute A5, puis A45 et vers Cologne, les doigts croisées qu'il n'y ait pas de bouchon! Ras de bol, la circulation est fluide. Les kilomètres passent, on laisse Aachen (Aix-la-Chapelle) derrière nous, entre aux Pays-Bas et puis: Boum, un nid de poule! Mais quelle espèce de trou! Et un autre et encore un. S'est-on trompé de pays? Est on sur la lune?

Apparemment l'autoroute belge (oui, c'est pas la lune mais presque...) a visiblement souffert de la neige de cet hiver. Des cratères grands comme des plaques d'égout couvrent la chaussée. Et les malheureux tombent sur les plus gros: pas 5 ou 10 centimètres, non! 15 cm même 20, il me semble. Ça fait mal même à 90 km/h.

Mais autour de Bruxelles ce n'est plus le soucie numero uno: Un grand bouchon commence et il ne faut pas perdre trop de temps car l'heure du train sous la manche est fixe. Après une heure de stop&go on apprécie l'heure matinale à laquelle on s'est levé. Il nous reste une heure de plus.

Le vent devient de plus en plus fort et on arrive difficilement à rester dans sa propre file de conduite. A la dernière aire avant la frontière française j'arrive à peine d'ouvrir la porte de la voiture. Je bois le plus mauvais café à 2,80€ que je n'ai jamais bu et j'en conclus donc: sur les aires bèlges on ne sait pas faire un meilleur café que sur les aires allemands ou français. C'est la globalisation mondialisation (oui, il ne suffit pas de prendre le mot que tout le monde utilise...).

La porte se referme facilement grâce au vent et c'est reparti. On passe la frontière à 130 km/h et avec une heure d'avance on arrive au terminal de l'Eurotunnel à Calais.

Une machine nous dit très poliement que nous pouvons prendre un train plus tôt, Euréka! (Il y a des machines comme ça sur les deux côtés de la voie grâce aux anglais qui ne savent pas monter la roue correctement dans leurs voitures...) Elle nous imprime un badge avec un grand G dessus qu'on attache au rétroviseur intérieur, une décision fatalidique que je regretterai plus tard.

On descend de la voiture afin de se bouger un peu avant la descente sous la Manche et le vent est plus fort qu'avant. A l'instant où les deux portes se retrouvent ouvertes en même temps, le badge tombe et je le rattrappede justesse. Ouf. Je jure, j'insulte le vent et je remets le badge (à partir du moment où j'ai commencé à faire du à Grenoble le vent et moi avons vécu une histoire d'amour et de haine).
Nous entrons dans la salle d'attente mais ressortons après seulement quelques minutes parce que les voitures avec G sont appellées. Au lieu de se dépêcher, mon père fait des photos de tout: de la voiture, de la salle d'attente, des éoliennes à côté du site. Je lui dis: "Fais gaffe à ne pas ouvrir les deux portes simultanement, je viens presque de perdre le badge!"

A paine ai-je ouvert la porte pour prendre mon sac de devant mon siège afin de monter plus facilement, que mon père ouvre la sienne en disant qu'il souffle un vent très fort et wouuuuuuuch, le badge décolle et il vole à travers le parking, la rue et en direction de la pelouse. Je cours comme Forest Gump le ferait, ou peut-être comme le coyote dans le dessin animé: je m'approche à 2 mètres et ce fichu badge fait un saut de 10 mètres. Enfin le vent m'accorde la grâce et laisse tomber le badge dans un fossé de drainage.
Je le ramasse, fais demi-tour à la voiture en maudissant mon père.

On repart pour les queues avant d'entrer dans le train. Pendant 15 minutes des voix nous donnent des instructions, des affiches et des panneaux numériques nous disent quoi faire ou non. Enfin les sas se ferment et le train se met en marche. Après que 35 minutes on sort du trou noir dans lequel on est descendu à Calais et voilà: même temps, même bruit de la ventilation et bon, les rues sont goudronnées (donc ce n'est pas la Belgique). Mais qu'est-ce que c'est? Des nombres bizarres sont sur les panneaux: un 3 à gauche un peu en dessus d'un 4 ... et pire encore, ils conduisent à gauche!

A partir de là, tout semble aller de travers: on passe des deux heures et demi dans des bouchons et on traverse des nombreux chantiers. A la fin du voyage, on se dit enfin: Voilà, enfin c'est Southampton! C'est après une dizaine de mauvais tours à gauche ou à droite on est arrivé à Aberdeen Road, St. Denys.

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